Itinéraire de Mouhamed Ly Diallo, passionné de foot : Le «petit Talibé» de Dakar devenu cameraman au Caire à la CAN 2019

People samedi, 21 septembre 2019 00:00

Mohamed Ly Diallo. C'est ainsi que se nomme ce bout d'homme d'un mètre soixante, à la frêle silhouette et au teint clair. Ce jeune garçon d'une trentaine d'années est un étudiant sénégalais basé au Caire. L'Egypte, c'est sa seconde patrie, depuis ce fameux jour de 16 mars 2010, où il y a débarqué. Il n'était alors qu'un gamin. Enfin presque. En tout état de cause, il était encore jeune. Lui, le «petit talibé» passionné de football devenu caméraman qui nous retrace sa trajectoire.

«C'est juste après avoir eu mon brevet, le BFeM (Brevet de fin d'études moyennes), à dakar, en 2009, que je suis venu ici, à Caire, grâce à une bourse de l'Institut al azhar que j'ai obtenue après un concours. J'ai aussi obtenu par la suite un complément de bourse de l'etat du Sénégal. Ce qui m'a permis de poursuivre mes études normalement», narre Mohamed Ly diallo. de fait, la trajectoire qu'à prise la vie du petit Mohamed, il ne s'y attendait pas en vérité. «Car, révèle-t-il, avant j'étais un 'talibé' (apprenant) dans un 'daara' (école coranique traditionnelle), à dakar. J'étais pensionnaire du 'daara' ahmad Sakhir Lo, situé à Boune (un quartier de la commune de Yeumbeul dansla lointaine banlieue de dakar)».

Du «daara» de la banlieue de Dakar à l'Institut Al Azhar du Caire

«C'est là que j'ai appris et mémorisé le Coran et que j'ai fini le livre Saint en 2002. après cela, j'ai continué mes études pour faire franco-arabe jusqu'à l'obtention du CePe et le BFeM. Une fois le BFeM en poche, je suis venu au Caire en 2010 et j'y ai décroché mon Baccalauréat à al azhar, quelques années plus tard», éclaire-t-il. Sa vie au Caire, Mohamed Ly diallo la décline en deux étapes. «La première étape, c'est du temps du Président Mouhamed Hosni Moubarak, entre 2010 et 2011, où je peux dire que pour nous étudiants, c'était la belle époque. Car, tout ce dont on avait besoin pour étudier, on l'obtenait facilement. a cette époque, les étrangers étaient bien traités et avaient une certaine liberté. On leur donnait beaucoup d'égards et le séjour était bien plus facile. C'est al azhar qui prenait par exemple les frais pour l'obtention de la carte de séjour», dit-il.

«La deuxième étape, c'est l'après 2011, et la révolution qui a emporté Moubarak. depuis lors, c'est devenu plus difficile pour nous autres étrangers. La vie en egypte a beaucoup changé ces dernières années, tant sur le plan des études que du quotidien d'un simple citoyen étranger ou égyptien. La vie est devenue plus chère à tous les niveaux et on est moins bien traité et vu désormais», regrette-t-il.

Intégration dans la société égyptienne

Quitter le Sénégal et aller vivre en egypte, n'a pas été aisé pour Mohamed. Parce que tout jeune qu'il était, il lui fallait s'adapter à un monde totalement nouveau et à une société égyptienne dont il ne connaissait rien.

Mais il n'avait pas trop le choix. «Pour s'intégrer, il fallait faire l'effort de s'adapter à la vie égyptienne. Cela n'a pas été du tout facile, loin de là.au début, quand tu arrives, que tu ne connais pas les gens, que tu ne connais pas leur culture, c'est difficile. Je parlais certes la langue arabe, mais l'arabe de la rue pratiquée ici, est différente de celle classique qu'on nous apprend à l'école. Ici, on parle un arabe, je peux dire, égyptien. C'est celui de la rue qui tire vers un dialecte et il est un peu différent de l'arabe classique», confie-t-il.

Au-delà de ce facteur, Mohamed, le petit amoureux du ballon rond, se devait aussi de s'intégrer autrement à sa nouvelle vie de Cairote.

Cela, en apprenant aussi un métier, en sus de son cursus universitaire, disons linguistique à l'institut al azhar où, dit-il, «on apprend l'arabe seulement. rien de plus». «alors, si tu es étudiant et que tu veux faire autre chose, tu dois t'organiser et payer une formation. et c'est ce que j'ai fait. J'ai fait une formation pour une licence multimédia. C'est ainsi que j'ai pu apprendre l'infographie, le montage, le webmedia. Cela demande beaucoup de moyens financiers, parce que c'est dans des centres spécialisés que cela se fait et c'est coûteux. Sauf que cela vaut le coup», lâche-t-il.

Le «talibé» diplômé en multimédia «Personnellement, c'est grâce à la bourse que le Sénégal m'a octroyée, à côté de celle d'al azhar, que j'ai pu le faire. Parce que tous les parents n'ont pas les mêmes ressources pour venir en aide à leurs enfants qui sont étudiants à l'étranger. Mais les étudiants qui sont ici se débrouillent très bien pour avoir une formation complémentaire, en plus des études islamique à Al Azhar», explique-t-il.

Mohamed qui n'est revenu au Sénégal, au cours des neuf dernières années, qu'une seule fois, en 2016, pour un séjour de 4 mois durant les vacances, est très fier aujourd'hui de ce qu'il a pu accomplir.

En particulier de ce cursus à al azhar sanctionné par un diplôme et de cette formation multimédias qui lui a permis de se retrouver avec une Licence qui peut lui ouvrir bien des portes.

«Maintenant que j'ai mes diplômes, je veux rentrer au Sénégal pour y travailler. Car, rester ici pour travailler par exemple, ce n'est pas un conseil que je donnerais. dans ce pays, le vie a changé. Maintenant, tout ce que tu gagnes dans ton boulot, ne te suffit qu'à peine pour vivre ici. tu ne peux ni investir ni épargner. Pour les egyptiens déjà, c'est très difficile, a fortiori les étrangers comme nous. La livre égyptienne a perdu de sa valeur et ne représente plus grand chose», souligne-t-il.

Le jeune homme qui avoue que «c'est dur de vivre loin de sa famille, de ses proches et de ses parents» ajoute : «J'en sais quelque chose, moi qui suis ici depuis 9 ans maintenant». «Certes, tempère-t-il, l'alimentation et le logement ne sont pas trop chers. Mais quand tu es étranger, tout est toujours plus compliqué».

«J'étais 'talibé' dans un 'daara' en 2002, mais j'étais fou de foot déjà»

Et comme il a déjà réalisé un premier rêve, celui de vivre sa passion du foot à l'occasion de la Coupe d'afrique des nations (Can) «egypte 2019», Mohamed Ly diallo, espère désormais se frayer un chemin dans le monde de la petite sphère ronde.

«On a toujours le droit de rêver. C'est le seul droit dont personne ne peut nous priver. alors, pourquoi ne pas rêver de devenir un grand spécialiste du tournage d'images sur le foot», se prend-t-il à rêver.

«Vivre d'aussi près la Can en Egypte, c'était un rêve et cela est devenu une réalité. J'ai souvenance, alors que j'étais encore très jeune au 'daara' de Boune, en 2002, qu'on se réveillait au petit matin pour voir le Sénégal jouer lors de la Coupe du monde, en asie. Je me souviens encore de France-Sénégal gagné par les 'Lions' 1 à 0, et de la Coupe d'afrique au Mali. C'est là que j'ai d'ailleurs pris plein conscience de ce que le football représentait véritablement. J'étais 'talibé' dans un 'daara' en 2002, mais j'étais fou de foot déjà à cette époque et j'avais des rêves de ballon plein la tête», se rappelle-t-il.

«Petit 'talibé' de 2002, je courais dans les rues à chaque victoire du Sénégal...»

«C'est dire que si aujourd'hui, j'ai la chance de vivre une Coupe d'afrique ici en egypte, de recevoir mes parents sénégalais, c'est une joie incommensurable. Personnellement, j'ai été ému de voir des gens m'appeler depuis le Sénégal, avant même d'arriver au Caire, parce qu'ils ont eu mon contact, pour solliciter mes services et demander à ce que je les aide une fois qu'ils seraient en egypte dans le cadre de leur travail», renchérit-il.

Il ajoute que «cela a été le cas de Mme Coumba Dia Niang, avec qui j'ai travaillé durant cette Can pour sa webtélé Gradins TV et son site Gradins.net. J'ai ainsi pu filmer les entraînements de l'équipe nationale, les conférences de presse d'aliou Cissé et autres, et travailler sur les matches grâce à elle. Cela m'a permis de mettre en pratique ce que j'ai appris lors de ma formation et de mieux vivre ma passion du football».

«Mon seul regret, c'est que le Sénégal n'a pas gagné le trophée. Cela aurait été l'aboutissement du rêve que je vivais. Moi, le petit 'talibé' de 2002, je courais dans les rues de Boune (banlieue de dakar), à chaque victoire du Sénégal. C'était lors de l'épopée des 'Lions' de Mali 2002 et de CoréeJapon 2002. Voilà que je me retrouvé 17 ans après, derrière une caméra en 2019 pour filmer cette équipe nationale. avec aliou Cissé que je voyais à la télé sur le terrain, aujourd'hui entraineur. C'est un rêve qui devient réalité. Cela veut dire que chacun de nous a le droit de rêver. et que chacun de nous peut, un jour, réaliser ce rêve», conclut Mohamed.

Avec Vox Populi

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